Le matin du 15 décembre 1877, Marien Chabry, âgé de 47 ans, quitta sa maison de La Roche Bouton pour parcourir les quatre kilomètres et demi qui le séparaient de la mairie de Saint Georges de Mons, afin de déclarer la naissance de sa nouvelle fille. Sa femme, Marie, née Pouzol, l’avait mise au monde la nuit précédente.

L’acte de naissance fait mention de deux témoins, François Mayael (27 ans) et Jean Chabry (55 ans), ainsi que le maire, M. Hom, membre d’une famille qui allait donner quatre maires à la commune.

140 années après cet heureux événement, certains faits sont un peu flous.
Ce que nous savons c’est que cette petite fille a été baptisée Marie, comme sa mère. Le nombre de ses frères et sœurs est incertain. On pense généralement qu’elle avait deux frères et une ou deux sœurs, tous plus âgés qu’elle. Nous savons aussi que sa mère mourut alors que Marie était toute jeune. Le monument aux morts en face de la maison de la Roche Bouton mentionne le décès, au cours de la première guerre mondiale, de Jean Chabry, un des frères de Marie.

Son père, Marien Chabry, est inscrit sur l’acte de naissance comme cultivateur. Le terme « cultivateur » désigne en France un agriculteur dont l’occupation principale est de cultiver la terre plutôt que d’élever du bétail. Un cultivateur a généralement une parcelle de terre. Il n’était certainement pas riche et il a dû lui être difficile d’élever seul sa famille après le décès de sa femme.
C’est peut-être pour cette raison que Marie entre en 1895 au noviciat des Sœurs de Notre Dame à Lamontgie. Elle prend l’habit le 14 septembre 1896 et prononce ses vœux le 19 septembre 1899.

Marie Chabry, sœur Gérard en religion, âgée de 33 ans arriva au couvent de Grandrif en 1910. Elle devait y devenir une légende à cause de ses qualités de « rebouteuse ». Une plaque dans l’église de Grandrif indique sa présence dans le village de 1910 à 1950, bien que ce séjour ait pu de toute évidence prendre fin seulement en 1951. Les sœurs dirigeaient la pre
mière école de Grandrif qui ferma ses portes en 1958.




SOEUR GERARD.
L'un des plus remarquables habitants de Grandrif
A 38 ans, Sœur Gérard mit ses compétences au service d’un hôpital pour soigner des blessés de la première guerre mondiale. Le médecin avec lequel elle travaillait fut tellement impressionné par ses capacités qu’il l’encouragea à les utiliser.

Pendant son séjour à Grandrif, Soeur Gérard devint célèbre et ses exploits firent l’objet de récits dans le livre d’Henri Pourrat « Les sorciers du Canton »

Sœur Gérard s’occupait également d’un jardin où poussaient des herbes spéciales, et de bétail comprenant des lapins et un cochon noir, servant parfois à menacer de punition les enfants turbulents. L’argent que son travail lui rapportait parfois servait aux besoins de l’école, notamment à la fourniture de l’eau courante.

Il y a d’innombrables histoires sur les résultats que permettaient ses dons. Elle fut particulièrement efficace dans la réparation de diverses blessures sportives. Un bus spécial fut affrété pour transporter les patients d’Ambert à Grandrif et les ramener l’après-midi. Ses méthodes lui imposaient des efforts physiques considérables. Beaucoup disent qu’à la fin d’une journée de soins, Sœur Gérard était souvent très fatiguée.


Il ne fait aucun doute que beaucoup de personnes apprécièrent vivement ses compétences de rebouteuse. Sa petite nièce qui a vécu à Grandrif avec Sœur Gérard de 1947 à 1951 raconte que la salle d’attente de la petite dépendance où travaillait sa grande tante était remplie de béquilles car beaucoup les utilisaient en arrivant et n’en avaient plus besoin après le traitement.
Le nombre de visiteurs chez la religieuse devint si important que l’on pensa qu’il perturbait la vie de l’école. C’est pourquoi un petit bâtiment fut construit dans un coin de la cour de l’école et une porte, ouverte dans le mur et munie de sa propre cloche, permit aux patients d’y accéder par l’arrière de l’école.

Pendant qu’elle résidait à Grandrif, un pharmacien d’Ambert observa comment Sœur Gérard soignait et il fut très impressionné par sa technique. Un site web indique :

« Jean Moneyron est né à Ambert en Auvergne en 1923. Assez tôt, une religieuse vivant dans la région l’initia à sa méthode. Il l’a ensuite pratiquée dans la pharmacie familiale. Très vite...les résultats l’ont rendu célèbre ; alors à l’âge de 40 ans, père de six enfants, il décida de fermer son officine et de partir étudier la kinésithérapie. ...Tout au long de sa vie, il appliqua sa méthode exclusivement sans jamais s’en écarter, la développant et atteignant un haut niveau de maîtrise. Il termina sa carrière dans la banlieue de Vichy où il exerça jusqu’à sa retraite. Il a formé peu de personnes à sa pratique à part quelques assistants et sa fille Françoise. »

Malheureusement, très peu de crédit a été accordé au rôle que Sœur Gérard a joué dans son ascension vers la gloire.

A son départ de Grandrif, en 1951, Sœur Gérard retourna à Lamontgie.

Du Maire de Lamontgie :

« Au cours de son séjour à Lamontgie, elle avait pour activité principale celle de « rhabilleuse », connue partout. Un lundi matin, un véritable cortège de footballeurs est venu se faire traiter les genoux et les chevilles. Je l’ai connue quand je suis allé à l’école. Je vivais dans le village de Mailhat, donc à midi, je déjeunais au couvent. Je me souviens surtout de ses mains impressionnantes avec sa silhouette courte et trapue. »

On a continué à raconter des histoires de ses succès pour guérir les gens, souvent là où d’autres traitements avaient échoué, et souvent avec des méthodes qui continuaient à être méprisées par la plupart des médecins.

Sœur Gérard mourut le 7 juillet 1960 et fut inhumée dans un coin du cimetière de Lamontgie réservé aux Sœurs du Couvent.